Les miniatures représentent un travail gigantesque. Il suffit de demander à Mary Maclachlan et John Baster, superviseurs de l'équipe miniatures de WETA Workshop.

"Le plus gros défi est de faire des miniatures qui soient réalistes et convaincantes, et qui en plus ont l'air d'avoir été habitées," confie Maclachlan. "À l'écran, il ne faut pas que l'on se rende compte que c'est une maquette."

Chargés par Peter Jackson de l'élaboration de maquettes complexes pour certains des plus importants décors de la Terre du Milieu, Maclachlan, Baster et leur équipe ont à chaque fois relevé le défi avec passion.

Surtout lorsqu'il a fallu élaborer la forteresse de Saroumane, Isengard.




"Nous avons laissé tomber la bible du maquettiste quand nous avons commencé à travailler sur ce film" explique Baster. "Il nous a fallu développer toute une série de techniques bien précises pour réaliser des maquettes qui soient fidèles au roman, et la plupart des méthodes traditionnelles de maquettisme étaient trop lentes ou trop rigides pour reproduire les formes dépeintes dans les tableaux et les dessins issus de l'univers de Tolkien."

Ces tableaux et dessins ont servi de point de départ pour chaque maquette, et ont été réalisés par les célèbres illustrateurs du Seigneur des anneaux, Alan Lee et John Howe, qui ont travaillé étroitement avec l'équipe "miniatures".

"Alan et John étaient très intéressés de voir leurs dessins bidimensionnelles devenir des réalités tridimensionnelles ; ils étaient avides de venir nous voir," raconte Maclachlan." Ils venaient quasiment un jour sur deux, et nous dessinaient de petites esquisses de certains détails qui n'apparaissaient pas forcément clairement sur une vue d'ensemble."

"Dans le livre, on ne voit que la moitié inférieure de la tour d'Isengard, mais Alan a conceptualisé le reste avec WETA, "ajoute Baster." Ils ont joué avec les différentes proportions de la tour, tels que l'épaisseur de sa base et le style de formes au sommet."

Puis, les esquisses étaient envoyées à un dessinateur, qui les convertissaient en plans pour l'équipe "miniatures".

"Les petites formes et dimensions sculpturales étaient taillées en matériau dur, que nous moulions ensuite avec de la cire, car la tour est censée être construite en obsidienne" explique Baster. "On sculptait la cire avec des lames de scalpel, afin de lui donner un aspect tranchant. Une fois tous les composants réalisés avec la cire, ils étaient ensuite reproduits dans le matériau final pour construire la tour."

Bien entendu, ce n'était qu'une partie du travail.

"Il fallait également construire les terres d'Isengard, qui entouraient Orthanc, ainsi qu'un rempart qui encerclait le tout" raconte Maclachlan.

"En fait, c'était 45 sections de rempart mesurant chacune un mètre" indique Baster. "Nous les avons moulées en uréthane, puis patinées pour leur donner un aspect d'érosion."

Ensuite, l'équipe "miniatures" s'est mis à creuser - littéralement.

"Nous avons creusé des puits et des trous dans le sol avant qu'ils ne commencent le tournage, et toute la machinerie et certains puits que nous avions construits ont été descendus sous terre" explique Maclachlan. "Nous en avons préfabriqué plusieurs. On aurait dit d'énormes cocons, aussi grands qu'un homme, et nous avons fabriqué toutes les petites saillies à l'intérieur, ainsi que toute la petite machinerie."

Les détails à l'intérieur des cavernes d'Isengard sont une fierté toute particulière pour leurs constructeurs.

"Il y avait plein de rouages, de chemins, d'échelles, de marteaux et d'autres objets étranges dont on n'imagine même pas l'usage" raconte Maclachlan. "La plupart des machines étaient en pin, ou autre bois, et étaient assemblées avec ce qui ressemblait à des courroies métalliques et des cordes - le tout pour ressembler aux outils que les Orques auraient pour habitude d'utiliser."

Baster estime que certains détails de la tour sont le clou du plateau.

"À certains endroits, la façade de la tour est percée de petites fenêtres, qui donnent sur des pièces" explique-t-il. "Nous avons délibérément sculpté tout l'extérieur de la tour avec des scalpels, soigneusement et à une échelle très réduite, ce qui permet de capter la lumière et qui rend très bien à l'écran."

Dans sa totalité, la miniature d'Isengard aura nécessité une place conséquente. La tour d'Orthanc, construite à l'échelle 1/35, mesurait presque cinq mètres de haut. Et la plaine d'Isengard en diamètre s'étendait sur 22 mètres.

Ce n'est pas étonnant que Maclachlan ait baptisé ces maquettes imposantes "bigatures".

"À chaque fois que nous construisions un modèle réduit qui ne passait pas la porte, cela devenait une "bigature", " se souvient-elle.

"Richard Taylor [chef de WETA Workshop] adore réaliser des maquettes toujours plus grandes, toujours plus détaillées," raconte Baster. "C'est en se surpassant de la sorte qu'on obtient un tel réalisme."

Maclachlan ajoute : "Si le plafond du studio avait été plus haut, je suis sûre que nous aurions construit des maquettes encore plus hautes. Il a fallu que je m'habitue à monter et descendre sur un monte-charge et un élévateur, ce qui me terrifiait littéralement - j'ai le vertige. Mais, on finit par s'y habituer."

Et, pour Maclachlan, Baster et leur équipe de 10 personnes travaillant sur la "bigature" d'Isengard, tout ce travail acharné et ce souci du détail ont plus que porté leurs fruits.

"C'est fantastique de se dire que l'on fait partie d'une équipe incroyablement créative, qui a contribué à un chef-d'œuvre avec ces petits éléments qu'elle a créés," s'écrie Maclachlan. "Et, de voir votre travail prendre vie avec les acteurs et les décors numériques, c'est saisissant ; j'en ai le souffle coupé."